Pour les fans de Lormont Hauts de Garonne et de Mios Biganos Handball
20 Juillet 2025
Cette belle photo de deux magnifiques joueuses de handball, souriantes, resplendissantes, issues de la formation girondine, qui la saison prochaine, défendront les couleurs des deux meilleurs clubs français (Metz et Brest pour les citer) après avoir brillamment, avec leur coéquipières, assuré in-extremis le maintien de Mérignac dans l'élite du handball féminin contraste avec la situation catastrophique du handball girondin.
Le sauvetage du Mérignac HB dans la ligue Butagaz Energie au terme de la saison 2024/2025 relevait du miracle. Le miracle girondin ! Les filles ont réussi à se mobiliser pour gagner ses derniers matchs et finir au terme du championnat à une très honorable 9ème place alors que les choses semblaient très mal embarquées. Mais la loi du terrain ne fait pas tout puisque la menace de relégation du club en N1F pour des raisons financières plane sur le club phare de la gironde depuis fin juin. Le gendarme financier de la FFHB a tranché, le budget présenté par le club ne lui permet plus de participer au championnat de D1. Le Mérignac doit faire face à la défection d'un gros sponsor et n'est plus en mesure de garantir une surface financière suffisante. Au mieux, il présentera un projet pour s'assurer une participation au 2ème échelon national. Rien n'est assuré, la Commission Nationale de Contrôle et Gestion va être amenée à trancher dans la semaine qui arrive. Le couperet va tomber mais dans toutes les hypothèses, le club perdra son centre de formation, ce qui une catastrophe pour notre territoire.
La situation du Mérignac HB est la goutte qui fait déborder le vase et témoigne de l'incapacité en Gironde de bâtir un projet handball de haut niveau qu'il soit féminin ou masculin... Rappelons-nous : les feus Girondins de Bordeaux, Union Mios Biganos Bègles, Bordeaux Bruges Lormont. Pour recontextualiser, nous vivons un été meurtrier pour le handball, beaucoup de clubs sont touchés : Celles sur Belle, Bouillargues, Grenoble, Nantes Féminin handball et plus loin de nous Bourg de Péage et Fleury, de vrais cataclysmes... on peut citer les noms à la pelle... il nous en faudra une bonne pour enterrer tous ces clubs. L'argent est toujours la cause et en Gironde, on évoque souvent la sempiternelle guerre de clochers entre les clubs lorsqu"il faut mener un projet en commun... mais à y regarder de plus près, s'il n'y avait pas ce problème de ressources, on aurait pu passer outre les questions de fierté.
Alors quelles causes structurelles ? J'en vois 3 mais le débat reste ouvert.
La montée des exigences des instances fédérales :
La Commission Nationale de Contrôle et de Gestion est chargée de veiller à la préservation des principes, d’une part, d’équité sportive des compétitions et, d’autre part, d’égalité de traitement entre les clubs. Il s’agit d'un organe doté d’un pouvoir d’appréciation indépendant avec pour mission ente autres d’assurer le contrôle administratif, juridique et financier des associations et sociétés sportives qui sont affiliées ou membres de la fédération ou des ligues professionnelles (LNH ou LFH). Les échanges avec les clubs se font à différents moments de l'année, ces derniers devant produire comptes, budgets, contrats, lettres d'intention des sponsors... C'est donc la CNCG qui délivre le sésame pour participer aux championnats professionnels. Au delà, LNH et LFH produisent des Cahiers des Charges précis, des règlements très lourds imposant des normes strictes sur de très nombreux sujets juridiques, administratifs, sportifs et médicaux. Ainsi pour la LNH de façon très macro : ressources financières minimales (1,9 million en D1 et 1,1 million en D2), un % minimum de dépenses de développement, 1 structure juridique bien définie, des droits d'engagements (50 000 € en LNH), obligations liées aux installations, un nombre de contrats professionnels minimum, un entraîneur professionnel, encadrement médical et paramédical, aux moins 2 salariés. Le tout assorti de droits d'enregistrement ou de pénalité financière en cas de retard.
Je mets de côté tout l'aspect règlementaire sur l'utilisation des logos des Ligues professionnelles, l'obligation d'adresser des photos des joueurs au format et au pixel près...
Pour la LFH, les mêmes exigences mais à un degré moindre. Les clubs amateurs aussi sont contraints en nationale 1.
On peut se réjouir de tout cela ou pas... mais ces règlements assurent la pérennité du handball et la solidité des Clubs. Seuls les gros seront invités au banquet... Le handball des clochers et le handball à la Papa, c'est fini, place aux Métropoles (sauf Bordeaux). Une chose est certaine, les clubs devront s'adapter à cette inflation financière et règlementaire, à l'élévation du niveau de contrôle. Une autre, rassurante vue de l'extérieur, les instances fédérales sanctionnent sans état d'âme et sans discrimination. Mais attention de ne pas pousser le bouchon trop loin sous peine de scier la branche sur laquelle, la FFHB est confortablement assise.
Le soutien des collectivités publiques :
Nous n'attendons pas que les finances publiques soutiennent à 100% le sport professionnel ou de haut niveau. Mais il est clair qu'en Gironde et à Bordeaux, l'accompagnement des projets ambitieux n'est pas à hauteur. Comme le dit élégamment M. Chagnard (on y reviendra un peu plus bas), les pouvoirs publics " font semblant ". La disparition récente du BBL aurait pu conduire à une réflexion en profondeur, à ce que la Métropole s'empare du sujet... on n'avance pas. Et le handball n'est pas la seule discipline à souffrir de ce dédain. Comment comprendre cette différence de traitement ? Des villes comme Toulouse, Montpellier conjuguent les sports de haut niveau à tout va. Dijon dispose de deux clubs en D1 et Bordeaux n'y arriverait pas ? Pontault Combault navigue entre la D1 et la D2 depuis des années... et nous. Il est évident que la crise budgétaire, la baisse généralisée des subventions aux clubs de sport ne rendent pas optimistes pour la période à venir. Si l'UBB, en rugby, réussit c'est par le dynamisme de son Président et de ses sponsors. Il faut lui rendre grâce, bravo à lui... Le mal ne tient pas aux manque de ressources, c'est avant tout un choix politique (Aux urnes citoyens !) de nos responsables qui, sous couvert de privilégier le sport pour tous, se dégagent, d'un coup, de toutes critiques (et encore il faudrait voir le réel engagement et le résultat de cette orientation). J'ai une autre façon de voir les choses : le sport pour tous a clairement besoin de locomotives. Que dire également de la joie d'assister à de belles rencontres, d'y consommer, de partager. A l'heure de tant de divisions et d'individualisme, le sport de haut niveau est aussi le moyen de de se rassembler autour de son équipe, de prendre un moment hors du temps, de respirer, de vivre de belles émotions, d'encourager, de faire de belles rencontres, de vendre des journaux bref de se créer une histoire commune, de pouvoir sortir de la région en gonflant les pectoraux. Je dois me rendre régulièrement à Limoges à titre professionnel, on parle boulot principalement et un peu de handball, je me fais tout petit. Limoges réussit et pas Bordeaux, incompréhensible !
Le sport pour tous ne va pas sans le sport de haut niveau car ce dernier procure un modèle qui va dans le sens du travail et de l'effort puis la réussite, la notoriété qui s'en suivent. Messieurs les politiques accompagnez vos sportifs et vos clubs.
Un petit article extrait d'une interview su Franceinfo m'a interpellé récemment :
Jeunesse : "Le sport en club, c’est l’école de l’éducation", affirme l’ex-minitre Jean-Louis Borloo
Publié le 30/06/2025
Jean-Louis Borloo, ancien ministre et député, était l’invité politique du lundi 30 juin sur franceinfo. Pour lutter contre les dérives de la jeunesse selon lui, il faut s’appuyer sur le sport.
Ancien ministre et député, Jean-Louis Borloo pousse un cri d’alarme sur la jeunesse française. Le taux de scolarisation dégringole, 200 000 jeunes sont à la dérive, il y a 40 000 mineurs isolés. Selon lui, un des remèdes serait le sport. "La situation est objectivement catastrophique, je crois qu’on ne mesure pas que 20% de la jeunesse de France n’est pas dans le train", a-t-il d’abord dressé comme constat. Mais il se veut optimiste. "On a une chance incroyable, on a un tissu de clubs sportifs hors norme, on est la nation, rapportée à la population, la plus sportive du monde", a-t-il affirmé. Il y a 17 millions de licenciés en France et 38 000 éducateurs sportifs.
"Le redressement de notre pays va passer par une jeunesse en pleine forme"
"Le sport en club, c’est l’école de l’éducation, c’est la troisième famille éducative", a-t-il expliqué. Selon lui, il faudrait "encadrer cette jeunesse par les clubs". "Le redressement de notre pays va passer par une jeunesse en pleine forme, formée, éduquée dans le sens de l’effort et ramenée vers l’emploi", a-t-il conclu. Il plaide pour que chaque enfant trouve son talent et creuse dans cette voie.
Tout un programme à l'heure où certains quartiers populaires, comme on dit, s'enflamment.
La compétence de nos dirigeants de club en question (?)
La compétence peut-être pas... mais de grosses difficultés pour eux liées au fait de devoir se projeter dans la future saison avec des recettes incertaines, des revirements dans un contexte où les besoins de ressources augmentent. Nos clubs éprouvent de la peine à faire face à leur dépenses du présent et doivent garantir les charges à venir. C'est par nature compliqué. Dès lors, il y a le résultat acquis sur le terrain de septembre à juin et un second tour financier arbitré par la CNCG en juillet qui peut tout remettre en cause. Est-ce que nos dirigeants n'ont pas tendance à s'enflammer ? Pour en revenir à Mérignac, on a le sentiment que le club est contraint de faire des économies de bout de chandelles, annonce récemment des recrues de valeurs, engage dans le projet un entraîneur fabuleux (Geoffrey Cassagne !), et puis ne passe pas l'épreuve des instances financières... on apprend qu'un sponsor qui s'était engagé pour près de la moitié du budget total (sauf erreur !) ne viendra finalement pas et le projet s'écroule comme un château de cartes. Il y avait pourtant des alertes avec les retraits de points subis en décembre 2022 (9 points à l'époque ramené en appel à 5 points) puis une rétrogradation administrative à l'issue de la saison et un repêchage inespéré en D1 en septembre 2023 alors que le championnat avait déjà débuté !
J'en reviens à Christophe Chagnard, l'entraîneur des saisons passées et grand artisan du maintien lors du dernier championnat. Amer et en colère, il vient de publier un post au vitriol :
LFH - Mérignac : le coup de gueule de Christophe Chagnard
Après son beau maintien en D1, de grosses difficultés financières vont conduire au mieux le Mérignac Handball en D2. Une première décision de la CNCG (commission nationale de contrôle de gestion de la FFHB) a exclu Mérignac des divisions professionnelles avec une rétrogradation en Nationale 1 C'est aussi la fin du centre de formation. Le résultat de l'appel du club devrait être connu très bientôt.
Très affecté par la situation de sa désormais ancienne équipe et, en particulier, par l'impact sur ses anciennes joueuses, l'entraineur Christophe Chagnard vient d'envoyer un courriel aux dirigeants de Mérignac, au staff, aux joueuses et à des médias locaux. Le technicien ne mâche pas ses mots. En voici
le texte in extenso :
"Bonjour à tous et surtout à toutes.
Je suis de loin et avec beaucoup de tristesse et de désarroi l’actualité du Mérignac handball … le prochain article du Mérignac handball devrait paraître malheureusement dans la rubrique nécrologie.
Ne faisant plus partie du club, je me permets tout de même de réagir.
J’ai œuvré durant 5 années pour essayer de faire avancer, tant bien que mal, le club. Mais ma petite personne n’est pas la plus importante…
J’ai une pensée pour toutes les joueuses, les gamines, les bénévoles amoureux du club.
Pour moi, le pire, c’est de briser le rêve de jeunes joueuses (ou moins jeune) qui ont tout donné pour ce club.
Certaines, heureusement, ont changé de club… mais beaucoup se retrouvent anéanties par la situation. Cela laissera beaucoup de traces …
Je ne peux m’empêcher d’ouvrir ma gueule…et de chercher les responsables.
Depuis 5 ans on n’a cessé de baisser la masse salariale, de se déplacer à moindre coût pour faire des économies, de faire des préparation d’avant saison à Coubertin pour ne pas dépenser d’argent, de faire des collations sur les aires d’autoroutes, de dormir dans des auberges de jeunesse ou dans le hall pour le staff, d’exploiter les kinés, préparateur physique, docteur et autres…vous avez exploité la passion de toutes ces personnes.
Le projet autour des jeunes était une nécessité mais aussi, passionnant.
Mais vous avez brisé leur rêve…
Cette situation n’est pas apparue au lendemain du maintien acquis sportivement par les joueuses ?
Peut-être pensiez vous que sportivement les filles n’allaient pas se maintenir ? Cela vous aurez permis de rejeter la faute sur le sportif…
Mais non, depuis 5 ans les filles ont fait le job.
J’ai l’impression (j’en suis sûr) que vous avez menti aux joueuses, les yeux dans les yeux…
Quel manque de COURAGE !!!
Maintenant que le projet du MHB est terminé, il faut assumer, ne pas faire croire que vous êtes les sauveurs et assumer ses responsabilités en reconnaissant ses erreurs.
Le club a vécu au dessus de ses moyens.
Les collectivités avec la Mairie en tête n’ont jamais vraiment soutenu le sport de haut niveau. Elles ont fait semblant…
Je suis dur car la Mairie a refait le sol de Coubertin et mis à disposition un container à coté du parking… (sarcasme, vous l’aurez compris)
Une action médiatique aurait pu être envisagée pour faire réagir les politiques et décideurs. Mais non, rien de tout cela… (La cagnotte en ligne fait pitié !!!)
Peut être que certains se sont enflammés avec l’arrivée d’un nouveau sponsor. Un dénommé Patrick Sanker (orthographe à vérifier), de la société Kéosia, a fait tourner la tête de certains avec ses millions. Vous vous êtes vus comme les futurs frères Le Saint… mais vous n’avez rien de Saint.
Peut être, certains, ont des intérêts ou des ambitions politiques pour ne pas intenter une action ? Ou bien, tout simplement, il y a un manque de courage…. Ou certainement les deux à mon avis.
Je m’arrête là pour ne pas devenir encore plus désagréable car je suis vraiment touché et déçu.
Je pense à toutes les joueuses à qui je souhaite le meilleur et que je reverrai avec plaisir. Ce n’est pas le cas pour certains d’entre vous. D’ailleurs il ne vaut mieux pas que je vous croise, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer.
J’ai l’impression que le travail depuis tant d’années est effacé…
Tout ça pour ça
Christophe Chagnard"
Pour ma part, loin du club, le jugement semble très sévère par ce que la tâche du dirigeant est extrêmement difficile mais les licenciés du Mérignac HB vont payer ce manque de prudence... les fidèles amateurs de handball aussi. Pas de quoi, non plus, à encourager nos politiques à se lancer dans un projet d'accompagnement bien pensé et bien dimensionné.
Trois leviers interdépendants qui expliquent la situation.... adieu l'élite. La Gironde comptait 3 clubs féminins en D1 en 2005... vingt ans après, au mieux 3 clubs en D2. La filière masculine, pas la peine d'en parler. Deux des meilleurs entraîneurs français ont tenté l'expérience et sont vite repartis malgré la réussite sportive, je veux parler d'Erick Mathé et Philippe Gardent. Notre territoire est riche de bons joueurs, de bonnes joueuses et de techniciens de qualité (Manu Mayonnade est l'exemple parfait). Ils doivent s'exiler pour jouer à leur niveau. Les résultats en intercomités témoignent également de la bonne détection et formation bordelaise, nous disposons d'un très bon pôle d'excellence formant de futurs professionnels. Quel gâchis... oui le handball girondin n'est pas à sa place.
Propos de Christophe D.
Crédit photo : Clément Carpentier (qu'il me pardonne de ne pas avoir sollicité son accord... c'est pour la bonne cause !)