Pour les fans de Lormont Hauts de Garonne et de Mios Biganos Handball
28 Janvier 2024
Yann Genty Digest :
Né le 26 décembre 1981 à Enghien les Bains (Val d'Oise)
Poste : Gardien de But
Clubs :
Saint Gratien
Real Villepinte Vert Galant (2001/2006)
Billère (2006/2008)
Aurillac (2008:2010)
Istres (2010:2012)
Cesson Rennes (2010:2012)
Chambéry (2014/2020)
Paris Saint Germain (2020:2022)
Limoges (2022:2023)
Saran (2023/-)
Palmarès :
Médaille d'or au Jeux Olympiques de Tokyo en 2021
Champion de France 2021 et 2022
Coupe de France 2019, 2021 et 2022
Yann, 20 ans au plus haut niveau, comment pourrais-tu en deux mots définir ta carrière ?
Wouah ! c'est dur, deux mots ! Je dirais "plaisir" et "passion" ou "amour du handball". Plaisir par ce que j'aime le handball tout simplement, j'adore ce jeu et de plus en plus... au début quand je suis arrivé, les joueurs ne me connaissaient pas, maintenant il y a un vrai jeu psychologique avec les tireurs. On s'observe, on se provoque, c'est kiffant. Le handball, je suis tombé dedans petit, j'ai commencé très tôt. A l'époque, on commençait le sport vers 6 ans, moi, j'ai fait mes premiers pas à 4 ans et demi, c'était même pas encore l'école de handball, c'était à Saint Gratien, j'avais déjà mon petit niveau mais sur le terrain, j'étais pas formé dans les buts. En fait, j'ai grandi en région parisienne dans les quartiers et à l'école, les grands me prenaient dans leur équipe, au foot, et me collaient dans le buts. J'étais pas bon sur le terrain mais dans les cages, j'étais monstrueux, un vrai psychopathe... ma mère "pétait un câble" par ce que je plongeais sur le bitume, je revenais à chaque fois avec le survêtement déchiré, à l'époque on mettait des pièces pour réparer les trous, j'en avais partout, sur tous les survêts, c'était n'importe quoi !
Sinon, tu as porté les couleurs de nombreux clubs dans les 4 coins de la France... je voudrais savoir hormis Saran pour lequel, l'aventure est toujours en cours, dans quel club tu as vécu ta meilleure expérience ? Celui dont tu gardes le meilleur souvenir ?
Tous les clubs dans lesquels je suis passé m'ont apporté quelque chose, de Saint Gratien lors de ma formation ; à Villepinte où j'ai commencé en D2 ; Pau où j'ai commencé un peu à exploser en tant que meilleur gardien de D2 ; ensuite Aurillac par ce que c'était mes premiers pas en D1 ; Istres où on a commencé à jouer le milieu-haut de tableau ; à Cesson, où il y avait une vraie aventure, un gros projet, malheureusement ça c'est pas fait ; j'ai eu ensuite eu l'opportunité de signer à Chambéry, la coupe d'Europe, ma première sélection... non je ne peux pas détacher un club, ils m'ont tous apporté sportivement ou humainement...
Est-ce qu'il y a des personnes que tu voudrais aujourd'hui remercier plus particulièrement ?
Il y en a deux, d'abord mon père bien évidemment qui m'a éduqué, qui m'a poussé à un moment donné, c'est pas forcément facile à l'adolescence, les copains, les sorties, ce n'est pas évident de rester focus sur son rêve, sur son projet... il a toujours cru en moi à une époque où il y a très peu de joueurs qui touchent de l'argent, il y a Jackson Richardson, le métier n'existe pas finalement, et quand je suis parvenu à vivre de ma passion, il était très fier. La deuxième personne, c'est Denis Peschaud qui était très dur avec nous, il m'a formé à Saint Gratien, c'était une éducation à travers le sport et je me rends compte que c'est essentiel pour atteindre le haut niveau.
Dans tout ton parcours, tu n'a jamais eu envie d'une aventure à l'étranger, as-tu eu des propositions de clubs en dehors de nos frontières ?
Si, j'en ai eu une, j'en ai même parlé hier avec les jeunes, c'était à Rhein Neckar pour être derrière Landin. Donc, je ne voyais pas l'intérêt... il cherchait plutôt des internationaux, je ne l'étais pas encore. Je ne voulais pas prendre le risque finalement de partir à l'étranger, de tout recommencer alors que j'estimais ne pas avoir fait mes preuves en France. Je voulais déjà réussir ici mais finalement après il était trop tard.
Tu as eu un parcours atypique avec une première sélection tardive, quand on est appelé à 37 ans en équipe de France, c'est quoi le sentiment prédominant ?
Bah on pleure (rires) ! mais en même temps, il y avait tellement un monstre devant, qu'on peut pas y aller avant ! Après la retraite de Thierry Omeyer, j'étais en concurrence avec Patrice Annonay ; j'ai eu de la chance, le choix s'est porté sur moi, j'ai pleuré, forcément j'ai pleuré, j'étais fier, je ne m'y attendais pas du tout, je pensais que c'était fini et bien non ! Comme quoi, il faut toujours y croire jusqu'au bout. Mon parcours, mon histoire avec l'équipe de France où je suis arrivé sur le tard, cela permet aux autres gardiens qui n'y sont pas, mais qui réalisent de belles prestations chaque week-end, de conserver l'espoir d'atteindre un jour leur objectif. Les gardiens arrivent de plus en plus jeunes au très haut niveau, à 21 ans ou 22 ans, ils sont déjà monstrueux, c'est pas grave s'ils ne sont pas en équipe de France... vous prenez pas la tête les gars, continuez à travailler, vous allez y arriver !
J'aimerais que tu nous racontes une anecdote savoureuse sous le maillot tricolore, tu disputes une finale olympique face au Danemark, on est dans le money-time, rien n'est encore joué, tu rentres sur le terrain sur un 7m, tu décides de rester sur ta ligne qu'est-ce qui se passe dans ta tête ?
En fait Vincent (Gérard) commence et il prend 2 buts d'affilée aux pénaltys, il me propose de rentrer, j'en prends 2 également en restant sur ma ligne mais je suis sur les ballons. En seconde mi-temps, bis repetita, Vincent me propose de le remplacer sur un 7m en me disant "bon Yann maintenant tu l'arrêtes" et je lui réponds du tac au tac "et bien-sûr tu me prends pour qui". Et je l'arrête, je sais que si je restais au point de 4 mètres devant, face à Mikkel, j'étais mort. Il fallait que je joue sur la ligne, j'avais manqué de peu un stop sur les 2 premiers, dans ma tête, lorsque je me suis positionné sur la ligne, je me suis dit "tu mets tout de ce côté là, tu mets ton corps, tu mets tout" J'ai tout mis, je l'ai arrêté, c'est cool.
Tu l'évoquais un peu tout à l'heure dans ton approche du handball, tu es un spécialiste du pastis, tu mises beaucoup sur le défi avec le tireur au niveau du mental, cette dimension de jeu est très importante pour toi ?
Oui, j'adore ça, c'est le jeu. J'ai découvert ça très jeune en ligue, j'ai stoppé un ballon en le saisissant des 2 mains, les gars m'ont dit Ouah tu as fait un pastis ! Ah bon c'est quoi un pastis ? un pastis, c'est quand tu bloques un ballon, c'est la honte pour le tireur ! Ah bon, j'aime trop ça. Du coup, j'avais ce truc naturel d'attraper la balle, j'ai continué la dessus et je me rendais compte en sénior que quand tu parvenais à faire un pastis, le joueur en face il ne tirait plus, c'était gagné, c'était trop bien ! Garçon, je t'ai sorti du match, j'ai rien fait, juste un arrêt, je t'ai sorti du match. Alors des fois ça marche, ce soir, je me suis loupé (rires)...
Au sortir du challenge Elite 33, un petit mot ?
Que cela soit cette année ou l'année dernière avec Limoges, ce tournoi était très bien organisé. Il y a de belles rencontres sur 2 jours, un peu de moins de public aujourd'hui, c'est dommage. Mais c'est parfait de trouver des matchs de préparation à cette époque de l'année avant la reprise de la seconde partie du championnat. On a bien travaillé, non c'est parfait, il faut que cela continue !
Pour en revenir à Saran, le début de championnat a été un peu compliqué, un petit mot pour les supporters de ton club en prévision de la suite des évènements ?
Je pense qu'on va y arriver. Finalement au niveau comptable c'est clairement pas un bon début de saison mais quand on voit le contenu des matchs, on se dit qu'on n'est pas loin. C'est très frustrant... Mais pour la suite, c'est encourageant et on se dit qu'on peut le faire. Il va falloir plus de rigueur, plus de concentration, mettre plus d'ingrédients malgré tout pour décrocher le maintien mais on est tous confiants.
Dernière petite question, je veux évoquer l'arrivée à Saran à l'intersaison de 2 anciens joueurs du BBL, est ce que tu peux me raconter un petit peu les coulisses de leur intégration dans leur nouveau club ?
Ils sont arrivés sur la pointe des pieds, ils découvraient la D1 en venant de Bordeaux. Bon Clément, je le connais depuis longtemps car il était à Chambéry avec moi, on était même en chambrée ensemble lors des déplacements avec le club. Théo est arrivé lui avec son accent et ses expressions du Sud Ouest qui nous font bien rire. Ils sont parfaitement intégrés... on est content de les avoir avec nous. Les deux, en première partie de saison, ont prouvé qu'ils avaient le niveau en D1.
Propos recueillis par Christophe D.
Photos de Gérald Boulangé.
Un grand merci à Yann pour sa disponibilité.